Malakoff Humanis publie l’édition 2026 de son étude annuelle, « Absentéisme, le temps des solutions ». Pour la première fois en France, l’organisme de prévoyance croise trois sources : 3,8 millions de salariés du privé suivis via les déclarations sociales nominatives, 321 309 arrêts longs analysés sur la période 2020-2025, et la 10e édition de son baromètre réalisé par l’Ifop. Le taux d’absentéisme atteint 4,3 % en 2025, un niveau record. Une partie des causes renvoie aux conditions de travail et à l’aménagement des postes : l’ergonomie peut-elle, dès lors, devenir un levier de prévention ?
Un niveau record qui s’installe durablement
En 2025, le taux d’absentéisme s’établit à 4,3 %, en hausse de 3,3 % sur un an et de 25,5 % depuis 2019. Près d’un salarié du privé sur trois s’est arrêté au moins une fois dans l’année. La rupture de 2020 a fait basculer le phénomène sur un palier plus élevé, qui se maintient d’une année sur l’autre. La progression repose avant tout sur l’allongement de la durée moyenne des arrêts, passée de 23,1 à 23,7 jours en douze mois.
Les arrêts longs pèsent lourd dans cette dynamique. Les arrêts de plus de 60 jours représentent 9,4 % du nombre total d’arrêts, mais 63,8 % des journées d’absence. Leur poids a progressé de 6 points en six ans. La maîtrise de l’absentéisme se joue donc en grande partie sur la prévention de ces arrêts longs et sur la qualité du retour à l’emploi.
Trois familles de pathologies dominent les arrêts longs
Sur les arrêts de plus de 30 jours dont le motif est renseigné, trois familles concentrent 67,5 % du total :
- Les troubles de la santé mentale (37,8 % en 2025)
- Les pathologies rhumatologiques et troubles musculosquelettiques (21,6 %)
- La traumatologie (15,1 %)
La santé mentale devient le premier motif d’arrêt long, en forte progression depuis la crise sanitaire.
Les troubles musculosquelettiques (TMS) arrivent en deuxième position. L’étude rappelle leur caractère multifactoriel et l’évolution de leurs causes. Gestes répétitifs, intensification des rythmes, sédentarité et postures prolongées liées au télétravail génèrent de nouvelles fragilités. Le lien entre TMS et santé mentale est désormais établi, et le vieillissement de la population active reste un facteur de fond. L’approche médicale est aujourd’hui biopsychosociale, avec une priorité affichée, le maintien dans l’emploi, à travers des reprises progressives, des aménagements de poste et des réévaluations régulières.
Ces facteurs relèvent directement du champ de l’ergonomie. L’analyse d’un poste permet d’identifier en amont les contraintes physiques d’une activité, en position assise ou en position debout. Une étude de poste cible les leviers d’aménagement utiles avant l’apparition des douleurs.
Des profils et des secteurs inégalement exposés
L’étude met en évidence des logiques différentes selon l’âge. Les moins de 30 ans s’arrêtent fréquemment, pour des durées courtes, avec un polyabsentéisme marqué : 17,1 % des jeunes arrêtés l’ont été trois fois ou plus. Les salariés de 55 ans et plus s’arrêtent moins souvent, mais leurs arrêts s’allongent, avec une durée moyenne de 39,7 jours et 74,4 % de leurs journées d’absence liées à des arrêts longs.
Les cadres connaissent la hausse la plus rapide, +35,2 % depuis 2019, portée par l’allongement de la durée de leurs arrêts (de 16,4 à 20,2 jours en six ans). Les managers ressortent également exposés, 53 % d’entre eux déclarant au moins un arrêt prescrit en 2025. Côté secteurs, la santé et le social affichent le taux le plus élevé (7,1 %), devant le transport et la logistique (5,7 %) et l’industrie (4,7 %). La part de cadres constitue la première variable explicative des écarts entre secteurs.
Le travail de bureau et le télétravail, de nouvelles sources de fragilité
La montée de l’absentéisme des cadres et des managers accompagne l’essor du travail hybride. L’étude relie une partie des troubles musculosquelettiques aux postures prolongées devant un écran et à la sédentarité. Le poste de travail tertiaire devient ainsi un terrain de prévention à part entière. Le réglage du siège, la hauteur de l’écran et l’organisation de l’espace influent sur les tensions musculaires et la fatigue. Ces points distinguent la posture de l’ergonomie, deux notions complémentaires d’un environnement de travail sain.
Le domicile devient lui aussi un lieu de travail, souvent moins équipé que le bureau. Une configuration adaptée au télétravail limite les contraintes posturales et participe à la prévention des arrêts liés aux TMS.
Agir en amont, parmi les leviers identifiés
L’étude distingue quatre leviers d’action : comprendre par le diagnostic, prévenir, accompagner le retour, et contrôler. Le principal frein reste le passage à l’acte. Plus d’une entreprise sur deux (55 %) demeure sans dispositif de lutte contre l’absentéisme. Or les travaux de la chaire « Entreprise et santé » Cnam et Malakoff Humanis montrent qu’une reprise progressive, à travers le temps partiel thérapeutique, réduit le recours à de nouveaux arrêts longs, avec 21 jours d’arrêt en moins par trimestre.
L’ergonomie se situe sur le terrain de la prévention en amont et de l’accompagnement du retour. L’aménagement de poste fait partie des conditions d’un maintien dans l’emploi réussi, en particulier pour les salariés concernés par des TMS ou par une reprise après un arrêt long.
Vous souhaitez objectiver votre situation et agir sur les facteurs physiques de l’absentéisme ? N’hésitez pas à solliciter une étude de poste en contactant Ergofrance.
Le baromètre 2026 de Malakoff Humanis confirme un absentéisme installé à un niveau record, tiré par les arrêts longs et par trois familles de pathologies au premier rang desquelles la santé mentale et les TMS. Ces motifs renvoient en partie aux conditions de travail et à l’aménagement des postes. L’ergonomie apporte des réponses concrètes sur ces deux dimensions, en prévention puis au moment du retour à l’emploi.


